LE ROI DES BONOBOS

PAR FRANCE NESPO. Vous avez un problème et vous souhaitez écrire à France : francenespo@gmail.com

Diva du Courrier du Cœur dont elle a été la spécialiste pendant de nombreuses années au Groupe Marie-Claire, France Nespo -journaliste, psychanalyste, écrivaine- revient à ses amours de courriériste en répondant ici, aux lettres qui se sont accumulées dans sa boîte mails et auxquelles elle réserve son énergie, son humour parfois acide, mais en principe toujours tendre, dans le choix délibéré d'une écriture libre.

Si vous voulez pleurer sur vous-même sans reprendre le sourire, si vous voulez penser qu'à jamais "black is black" et n'être consolés de rien, ne lisez surtout pas cette Rubrique… Vous risqueriez d'être déçus et d'aimer alors comme elle la vie, jusque dans le plus noir des chagrins !



« … Mon Sex-friend est contre le mariage. Et même contre toute forme d’union qui durerait. Il est avocat. Il dénigre le mariage dont il dénonce l’hypocrisie à travers la promesse du « je t’aime pour la vie ». Voilà des années que nous nous retrouvons pour mieux nous quitter et je n’en peux plus... Il glorifie celles qui changent de partenaires et « qui ont la force de vivre leur passion pour leur plaisir avant tout ». Ces femmes constituent pour lui un modèle admirable. Je ne sais trop quoi argumenter en réponse à son discours, alors que je ressens au fond de moi comme une erreur que je ne parviens pas à bien cerner, dans son raisonnement. Merci, France, pour votre aide ».

Sandra, de Bordeaux

C’est quoi, le plaisir qui se vivrait sans le moindre engagement du cœur, selon votre théoricien ? Que peut-on vivre « pour le plaisir » qui oublierait - jusqu’à les nier - la force et la nécessité de l’esprit qui veulent aussi, dans un échange humain, leur compte de gratification sous peine de dépérissement ? C’est juste un exercice de gymnastique suédoise ? Une compulsion dont l’esprit ne veut pas ? Une pratique avec promesse d’orgasme mécanique n’engageant rien de la pensée, fantasmes associés promis compris à la vente, dans les échoppes de la misère sexuelle et amoureuse humaine, de ce que l’on appelle « sex-toys » ?


Depuis quand, sauf à avoir sombré dans la schizophrénie, sommes-nous des êtres scindés en deux, chair d’une part, énergie spirituelle de l’autre ? Depuis quand un objet de plastique tient compagnie, remplit le cœur et l’âme en même temps qu’il comblerait prétendument la chair ?


Auprès de votre grand discoureur à l’esprit embrumé, visiblement truffé de reliefs judéo-chrétiens, coraniques, vaudous ou psycho-scientologues, - toutes théories kif-kif bourricot visant à noyer le poisson de l’amour dérangeant -, vous avez été invitée et je dirais même manipulée, pour jouer ce rôle d’objet plastifié sans âme et privé de sa sensibilité intérieure, de son besoin naturel d’amour, afin de satisfaire un partenaire incapable de se dépasser lui-même en donnant quoique ce soit à l’autre, qui lui coûterait d'avoir à pratiquer la moindre petite entame dans son précieux ego. Moi, moi, moi, paraît bien convenir à son blason.


Toutes ces théories dissociant le sentiment de « l’acte de chair » dans la revendication du « plaisir » puent la Bible, le Coran, la Torah et autres endoctrinements scientologues, vaudous ou tout ce que vous voudrez de « religieux », autant que celles qui, au nom des mêmes spéculations, le prohibent et voient se profiler dans la volupté les flammes de l’enfer. Où sommes-nous ? Dans quel obscur et scandaleux Moyen-âge ? Ambitionner le plaisir sans la totale implication de la vitalité de l’âme et de l’esprit embarqués dans l’échange charnel, qui en est tout pétri, c’est exactement la même chose que prétendre à l’élévation spirituelle dans la négation de la satisfaction des sens et du corps, qui demande aussi sa juste part de bien-être. " Juste part " veut bien dire dans l'équilibre.

Notre corps n’est pas un support logistique extérieur aux émotions, il en est l’énergie et le tissu même. Réfléchissez à ce que veut dire « inanimé », et vous comprendrez ce que je veux ici signifier de grave et de fondamental pour votre bonheur même.

Voudrez-vous fournir cet effort pour vous élever au-dessus de la suffisance d’un beau parleur ? J’ai des doutes, pour ma part, tant votre courrier, chère Sandra, m’apparaît truffé d’expressions super-tendance qui veulent dire une chose, alors que votre ressenti et votre vécu révèlent tout autre chose que ce qui prétend être décrit par les mots. Sinon, vous ne seriez pas pétrie de cette douleur que je sens derrière un récit très linéaire et presque froid, alors que vous vous retrouvez si visiblement comme dévitalisée, à cause d’une relation dans l’impasse depuis … perpète.