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L'ECOFEMINISME, UN MOUVEMENT À DECOUVRIR EN FRANCE

PAR JULIE CABOT NADAL.

Photo de la Collection personnelle de Julie Cabot Nadal.


« Je suis une femme,

qui suis je ? »



Voici la question sur laquelle les féministes se penchent, s’écharpent, s’invectivent.


Dans le fond, il s’agit d’une question que toute femme peut être amenée à se poser un jour, à défaut d’avoir une réponse convergente apaisée.


Que répondrait une écoféministe ? Nous apporterait-elle une nouvelle perspective?

« Tu es une source jaillissante de vie, dans toute sa puissance et sa vulnérabilité.

Tu es Nature.

Comme la nature, tu es chair organique. Une chair qui vit au rythme de cycles.

Et comme la nature, tu as été la cible du jeu de domination de l’homme.

Sous le joug de la toute puissance névrotique de l’homme, ta chair et ton esprit, comme ceux de l’ensemble du vivant, ont été violés, diabolisés.

Ta puissance de penser, d’agir, de ressentir en a été brimée, voire asséchée. »


Et l’échange pourrait s’en suivre :

« Mais pourquoi l’homme a t il besoin d’être tout puissant?

- Pour faire taire sa peur viscérale de tout ce qu’il ne peut maîtriser.

Le non maîtrisable en la femme, en la nature, et dans le fond...en lui même.

- Le non maîtrisable, c’est quoi ?

- Cela peut être l’expression parfois convulsive de la nature, comme celles des émotions.

Ou encore l’expression des lois du Vivant dans le corps de la femme, par ses périodes de menstrues, de fécondité, d’absence de fécondité, sur lesquels il n’a aucune prise.

Pour faire taire cette menace, l’homme (a) réduit la nature à un stock de ressources et la femme à un objet de toutes sortes d’échanges et de services, quand il ne la brûle ou ne la lapide pas. »


Mais alors, qu’est ce que l’écoféminisme ?


C’est un mouvement quasi inconnu en France qui pourtant existe depuis plus de 40 ans.


Selon sa thèse centrale, la société patriarcale s’est ainsi instaurée sur un jeu de double oppression sur la femme et sur la nature, les réunissant dans une douloureuse communauté de destin.

Le courant écoféministe émerge dans les années 80 aux USA. Nous nous trouvons au cœur de la guerre froide et de sa course à l’armement. Le rapport du Club de Rome alerte sur la problématique critique climatique. La conscience sur la menace nucléaire grandit. La crise écologique s’annonce par la médiatisation des phénomènes de déforestation, des famines...


En 1980, Suite à l’accident nucléaire de Three Mile Island, des femmes font le lien entre leur peur de l’anéantissement de la vie sur Terre ( d’elle, de leurs enfants, de la Nature) par le nucléaire, ce nucléaire créé et pouvant être déclenché par l’homme et leur peur quotidienne d’être agressées par l’homme aussi.




Le 17 novembre 1980, des milliers de femmes convergent alors vers le pentagone pour une première grande mobilisation et y adoptent leur 1er manifeste lors d’une conférence « Women and life in Earth ».


Cet événement fondateur donnera suite à différentes autres mobilisations, comme des blocages, des campements, des meetings.


En réaction à une culture considérée comme « misogyne et anti corporelle » comme le rapporte Emilie Hache - philosophe spécialiste d’écoféminisme et anti-nature, elles créent de nouvelles formes d’expressions politiques dans lesquelles elles restaurent la place du « dedans » vibrant, celui des émotions, du corps, de la poésie, du symbolique cathartique, de l’organique, du tripale… comme autant d’expression de la puissance du Vivant et de sa force de transformation, de régénération. Ou, comme Emilie Hache le cite tel un slogan  :


« If I can’t dance in your révolution, I’m not coming !»

Photo de la Collection personnelle de Julie Cabot Nadal.


Selon Starwak, figure emblématique de l’écoféminisme, aux côté de l’écologiste Vandana Shiva, de l’historienne Carolyn Merchant, de la philosophe Val Plumwood, nous pourrons sortir du système patriarcal dès lors que nous, hommes et femmes, blancs, noirs, voilés, non voilés,... parviendrons à abandonner le « pouvoir sur » pour le « pouvoir en dedans ».



Ce serait depuis ce « pouvoir en dedans » que selon elle, chacun peut retrouver la conscience de son appartenance à la communauté du Vivant et de ses nombreuses implications.


A cet endroit, il n’est plus question de lutte de pouvoir de l’homme sur la femme, du blanc sur le noir, du voilé sur le non voilé, ou inversement.


Il est question que les uns et les autres entrent dans le jeu des relations essentielles au maintien de la vie, en créant des espaces de vie bibliophiliques, d’équivalence et résilients.


Julie Cabot Nadal


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