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LA BEAUTE DES HOMMES

PAR ELOÏSE MAILLOT.

Le marché des cosmétiques pour hommes explose ET la cosmétologie version mâle devient un incontournable miroir de notre société.

Arrêt sur un phénomène pas si superflu...



LE MÂLE NEANDERTALIEN


Avant de partir à la chasse, le mâle néandertalien, adepte de l’art de paraître et toujours présent dans notre cerveau reptilien, recouvrait sa peau d’une pâte de couleur ocre.

Si le geste semble renaître de ses cendres, son sens se pare d’autres causalités.



Retour au 18è siècle ? À l'Egypte antique ? À l'homme de Néandertal ?

On n'innove rien, on recommence toujours.

Les hommes soignent leur peau (on ne s'en plaindra pas, leurs baisers sont plus doux), il leur arrive même d'ombrer leurs paupières ou de discipliner leurs sourcils, chouette ! Et tout cela sans qu'ils nous volent NOS produits, ni même nos secrets.


Après tout, sous le Roi Soleil, on maniait l'épée, visage poudré et lèvres rosies.

Conclusion première ? La virilité s'accommode sans complexes des soins de peau et de certains maquillages, sans parler des torses qui cessent d'être velus.


Certaines tribus les utilisaient comme un art, quand d'autres les portaient comme une honte, une punition, une infamie. Question de culture... Mais nous, dans quelle culture et quel culte sommes-nous ?


Est-ce que, comme disait mon professeur de philosophie en Terminale Monsieur Legrand : "Moins t'en as à l'intérieur, plus tu l'exposes à l'extérieur ?"



UNE VRAIE NICHE SOCIO-économique


La tendance des cosmétiques pour hommes a vu ses dernières années, sa croissance tripler. La France représente un chiffre d'affaires de 680 millions d’euros. Une segmentation apparait dans la consommation et les études affirment que les hommes sont de plus en plus soucieux de leur image.


L'Art de paraître qui traduit la nécessité de la séduction tous terrains, et pas seulement sexuelle, induit avec pertinence le geste de beauté qui ne concerne pas la seule femelle.

Ainsi, les stéréotypes autour du mâle se multiplient dans tout le tissu publicitaire.


La nomenclature des produits s'est peu à peu neutralisée, comme les packaging.




Le troisième homme


Le troisième Homme arrive, Indochine l'a chanté et il s'est incarné.

Parité oblige, son image se modifie. Et la Révolution masculine #clean #beauty est amorcée.

Le tatouage et la barbe suivent la tendance. Un peu trop même. L'uniformisation se constate sur toutes les plages de France, d'Italie, de Grèce, d'ici et d'ailleurs, qui voient défiler les mêmes symboles d'une supposée virilité rock anti-conformiste, tant et si bien que se faire tatouer à Mumbaï ou à LA, devient le nouveau toc primaire du non langage arboré sur sa peau, body buildée s'il vous plaît. Si t'as pas ton tattoo, t'est pas dans le coup !


Bon... A t-on encore le droit de trouver que les dessins indélébiles sur la peau, c'est la plupart du temps (sauf peut-être si tu fais parti d'une tribu ou que tu joues dans Game of Thrones) moche et plouc ?




Oui ! Oui ! Le Club réac des anti-tatouages est en cours de formation en réponse aux moutons de panurge qui courent se recouvrir de gribouillis noirs, tout auréolés de phrases en mode développement personnel bas de gamme, façon quote instagram pour recouvrir leur jolie peau. Même que Matt Pokora a dit aux jeunes... Ben que fallait pas en faire des tattoos sinon ça fait super mal à enlever, parce qu'on peut changer d'avis quand on grandit... Pas bête fallait y penser ! Pas bêtes du tout même... puisque ces dernières ne sont d'ailleurs tatouées que par les hommes, c'est fou cette manie de vouloir tatouer tout le monde... C'est pas Angelina Jolie qui va me contredire, après le mal, le temps et l'argent (triptyque à prendre en compte), qu'elle a passé à se faire enlever les siens, ou une partie du moins.


Alors... le tattoo, est-ce vraiment une quête, une extériorisation et une affirmation de sa propre spiritualité ou un besoin de paraître et d'étaler ce que l'on est à l'intérieur, à la vue de tous ?


Parce que nous, les filles, on commence à n'en plus pouvoir des tattoos. Même si... ok ça va mieux à certains qu'à d'autres.



Donc à condition que les ornements de peau soient éphémères, nous on adore les hommes qui prennent soin d'eux et leur peau toute nue plutôt que le signe distinctif du ralliement des fashion victims en mode looser.


Mais après tout, c'est peut-être l'homme qui fait le tatto et non l'inverse...



Le phénomène NON genré Marketé


L’épigénétique, vous connaissez ? C'est une des grandes 'découvertes' de ces dernièers années. Liée au bien-être, on parle des ‘mèmes’ sociétaux se transmettant par la reproduction numérique via les médias et pouvant changer l’ADN de la société.


#metoo, un tout petit mème, un gène culturel, a profondément questionné l’identité masculine dans son rapport à la femme.

Phénomène de mode ? Jamais notre société n'aura autant montré des corps d'hommes féminisés à outrance, au travers d'une sexualité exacerbée qui se réapproprie les codes féminins contemporains d'une femme maquillée à la truelle, ultra fardée, piquée au botox par le même dermatologue ou chirurgien que sa maman et ses copines. Le référent ? Kim Kardashian.


Katy Perry, la chanteuse anglaise de pop ultra féminine et aux couleurs très acidulées, s'est fait voler la vedette chez Mac Cosmetics par James Charles, qui lui a succédé en devenant l'égérie make-up de la marque.



C'est inclusif, paraît-il.

Ca fait surtout vendre, non ?

On peut sérieusement se poser la question.

Qui nous avait vendu les mannequins anorexiques de 14 ans qui font la gueule en défilant et présentes à la Une de toutes les couv des magazines, il y a plusieurs années ? Florence Foresti la vilaine, en a même fait un sketch, qu'on adore toutes.


Alors, la beauté des hommes qui copie les femmes, nouvelle manne financière et marketing des marques ? Des couvertures des magazines dans les médias, en passant par les pubs et les tutos maquillage, la mode est à l'homme qui se maquille à outrance.

Le clan Kardashian crée des émules et les égéries masculines de marques suivent la tendance juteuse. Et si le phénomène non genré/non binaire dans les médias était une très grosse arnaque marketing ?


Alors... Toi kékette, toi pas mâle ?





Qu’en pense celui qui vit éloigné des effluves digitalisées ?


Pas vraiment la cible des marques. Il se lève à 5h du matin pour labourer son champ ou traire ses vaches. Le facteur manque de temps, idem pour le papa pressé cadre moyen qui dépose Nini devant l'école à 8h20, l'entrepreneur ou le banquier qui vit peut-être seul avec maman dans un très vieil appartement... Qu'en pense le chômeur ou le smicard ? Trop chères toutes ces crèmes et ce make-up.


On a dépouillé Robert Smith de ses apparats, mais pas de son talent, non contagieux et impossible à se tatouer, lui. D'ailleurs, je me demande à quoi il ressemble sans son make-up le matin Robert Smith ?


Mais attention, la révolution technologique a le pouvoir de traverser les nuages.

Alors entre les deux, il y a qui ?

Vous et moi !



Une vraie conscience des consomm-acteurs s’est éveillée, liée à tous les scandales - environnementaux, industriels, agroalimentaires, climatiques de ces dernières années. L’apparition des applications comme Yuka, Quelcosmetic ou INCI Beauty permettent d’afficher les composants nocifs des cosmétiques en scannant directement le produit sur son smartphone.




Comment s'y retrouver dans tout ça ? Chacun fait fait fait, c'qui lui plaît plaît plaît. (Fallait bien être consensuelle et conformiste à un moment).


Pas sûr que Nini appréciera que son papa vienne la chercher maquillé comme une voiture volée à la sortie de l'école. Ils sont trop réac ces enfants !

Nous tout ce qu'on veut, c'est juste que les hommes sentent bons pour avoir la paix le matin quand on prend le métro. Parfumé, la peau douce, les ongles limés, les poils du nez et des oreilles coupés, les cheveux et les pieds-chaussettes propres...Pas qu'il squatte notre salle de bains plus longtemps que nous. Non mais !


Surtout depuis qu'une étude de scientifiques suisses a constaté que la barbe contient plus ou autant de bactéries que les chiens... Peut-être pas le bon exemple parce que par ici, on les aime nos toutous et on les couvre de bisous, pas vrai !?




Sinon, peut-être qu'avec un truc encore plus vieux que Néandertal... Le truc qui fait que l'on voit au-delà de nos oripeaux, on pourrait carrément oublier que vous n'êtes pas parfaits...

Haaaa l'amour, ce filtre magique qui rend, heureusement, aveugle.

Pendant 3 ans.


En attendant, la beauté des hommes, OUI... Mais avant tout, la classe.

La classe.





Eloïse Maillot

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