• CHRONIQUE

LE ''FEMINISME'' ENTRE TARIQ RAMADAN ET LA LIGUE ISLAMIQUE MONDIALE

PAR MOHAMED SIFAOUI.

@Sifaoui

Quelques jours après l’organisation, par le gouvernement, d’un Grenelle contre les violences faites aux femmes, largement salué, deux événements sont venus montrer à quel point les effets de manche et les postures sont aisés et à quel point l’attitude d’une réelle position féministe est difficile à obtenir.



D’abord le journaliste vedette de RMC, l’amoureux du « parler vrai » et de la poujaderie matinale, Jean-Jacques Bourdin, offre une tribune à l’inénarrable Tariq Ramadan. On vous explique doctement qu’étant donné sa « présomption d’innocence » et vu qu’on a déjà donné la parole à la partie adverse, il était normal, bla-bla-bla...


Comme si la « présomption d’innocence » du prédicateur islamiste devait introduire une présomption de culpabilité de ses accusatrices. Ou alors comme si cette disposition technique et juridique de la « présomption d’innocence » devait nous amener à l’innocenter et à le blanchir. Le personnage est, rappelons-le, mis en examen et à moins d’un procès qui l’innocente totalement, il n’y a aucune raison de douter de la version de ses victimes présumées.


Ce militant islamiste, qui a toujours eu un profond mépris pour les femmes, les invitant à se couvrir la tête et à éviter la mixité, est poursuivi par plusieurs de ses anciennes admiratrices et dénoncé, pour abus sexuels, par quelques-unes de ses anciennes collégiennes suisses qui n’ont pas porté plainte contre lui, préférant témoigner devant la presse. S’il n’est pas question de lui faire un procès médiatique, il est impératif, car une certaine décence l’exige, de ne pas mettre sa parole au même niveau que celle de ses accusatrices ou encore de renvoyer dos à dos, violeur, certes « présumé innocent » et femmes violées. Son propos qui est aussi crédible que le grognement d’un chihuahua, doit être considéré avec précaution et distance. Par respect pour la vérité et par respect pour toutes celles qui se présentent comme ses victimes.


Ensuite, la même semaine, comme si une indécence ne venait jamais seule, nous apprenions que la « Ligue islamique mondiale », une institution saoudienne, s’invitait à Paris avec la complicité d’un Français, Ghaleb Bencheikh, président de la Fondation de l'islam de France, qui aime à se décrire comme « islamologue » alors qu’il a fait des études de Physique. Lui n’a pas violé de femmes, mais un « pacte » qu’il prétendait avoir avec la République, la laïcité et la défense du féminisme.

Longtemps, il s’est fait passer pour quelqu’un de fréquentable. Un homme qui prétend défendre tout ce qu’un intégriste ne respecte pas. Il faut certainement étudier la Physique et les principes d’aimantation, pour comprendre cet attrait qu’ont beaucoup de ceux qui se réclament des Lumières, pour les tenants de cet obscurantisme porté par les Saoudiens.

Le même Bencheikh expliquera que ses nouveaux amis ont changé. Qu’ils permettent désormais aux femmes de conduire, mais il omet volontairement d’apporter une précision fondamentale : sous réserve de l’accord de leur « tuteur ». Oui parce que l’Arabie Saoudite impose à chaque femme d’avoir un tuteur. Même la grand-mère de 99 ans doit en disposer, ne serait-ce que d’un petit-fils âgé de 15 ans.


Dérouler le « tapis vert » à la Ligue islamique mondiale et se transformer en vassal régional est gravissime. Pour l’image du concerné, mais cela n’est pas notre problème, mais surtout pour l’islam de France. Cette institution saoudienne est celle qui, depuis les années 1960, finance le fanatisme, y compris celui qui tue.


La monarchie saoudienne incarne, faut-il le rappeler, ce fameux salafisme qui a démocratisé, si j’ose dire, plutôt imposé, le voile intégral, la polygamie, la violence conjugale, la lapidation des femmes adultères, et j'en passe...

Elle a normalisé toutes ces manifestations moyenâgeuses dont les premières victimes sont, le plus souvent, des femmes. Le coquet Bencheikh qui aime à soigner ses apparences, se lâche sur ses fréquentations depuis qu’il a été nommé, à la fin de l’année 2018, à la tête d’une fondation, celle de l’islam de France. Il a préféré brader la cause féministe (et toutes les autres) au profit d’un financement promis pour sa structure par les mêmes sympathiques Saoudiens.

Et on dira après que ce sont les femmes qui laissent tout tomber pour l’argent !


Cette affaire suscite un tollé. Des personnalités de l’islam de France, la plupart, ont décidé de bouder l’événement. Abdallah Zekri, délégué général du CFCM, l’instance représentative du culte musulman, a fustigé cette rencontre. Il est soutenu officiellement par Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris. Les pouvoirs publics, surtout du côté de l’Élysée et de Matignon ont préféré regarder ailleurs. L’affaire est casse-gueule. À qui faut-il faire plaisir ? Qui peut-on fâcher ? Les pauvres féministes ou les riches Saoudiens ?

Les femmes musulmanes, dont on dit qu’elles sont très émancipées, notamment celles que l’on cache sous le voile, sont, comme d’habitude, inaudibles. Que dis-je ? Inexistantes.

L’affaire ne les concerne pas au moment où plusieurs femmes (et des hommes) sont détenus arbitrairement dans les geôles saoudiennes pour avoir réclamé des Droits. Parfois les plus élémentaires. Comme celui de conduire une voiture.


C’est vrai qu’entre Tariq Ramadan et Ghaleb Bencheikh, si j’étais femme musulmane, j’aurais préféré ne pas exister.


Prenons notre mal en patience, la fin de notre monde est pour bientôt...


Mohamed Sifaoui


#tariqramadan #feminisme #violences #femmes #islamisme #voile #arabiesaoudite #france #ghalebbencheikh #ligueislamiquemondiale

345 vues
  • Instagram Nouvelle Veg
  • Twitter Nouvelle Veg
  • Facebook Nouvelle Veg

© 2019 by Nouvelle Veg 2019. All rights Reserved