18 ANS, 1ER JOB, 1 SEMAINE EN ABATTOIR

REPORTAGE PHOTOS ET PROPOS RECUEILLIS PAR OLIVIA MOKIEJEWSKI.


Nouvelle Veg donne la parole à des personnes de la société civile, afin qu'ils nous apportent leur expérience et témoignent de ce que qu'ils connaissent et voient sur le terrain et qui souvent, reste volontairement caché des journalistes.


Nous ne montrerons pas de photos violentes et trop dures, sans vous en avertir à chaque fois en début d'articles. Cet article peut être lu par toutes et tous.


"J’avais dix-huit ans...



... Je venais d’avoir mon bac, mon permis et je cherchais un boulot pour l’été.

C’est une fille du lycée qui m’a donné le plan », raconte Cindy, petite brune aux yeux pétillants.

A l’époque, elle vit dans un petit bourg de Bretagne de sept cents âmes. L’abattoir est à peine à quinze km de là.


C’est pratique et surtout, le lieu embauche sans poser de questions, sans qualification, pour

un salaire supérieur au Smic.

La jeune fille n’y voit alors que des avantages.

Elle postule, avec deux autres copines, pour tout l’été.



La plus maligne précise qu’elle est bonne en informatique : elle est prise au service administratif. L’autre est affectée à la boyauderie, là où s’effectue le tri des viscères des animaux. Pour Cindy, ce sera le service découanneuse.


« Le job consiste à recevoir des poitrines de porcs sur un tapis et les mettre à l’endroit. Ensuite, une hélice coupe les tétons et la peau », détaille-t'elle.

La lycéenne n’a jamais mis les pieds dans une usine, mais la première impression

est plutôt bonne :

« Je ne suis pas choquée, je ne vois pas de sang. Je suis contente d’avoir un travail et ma mission me paraît simple. »


Avant de prendre son poste, Cindy reçoit une petite formation sur la sécurité et l'hygiène :

« Ils sont très pointilleux là-dessus et insistent beaucoup sur la qualité. »

Le deuxième jour, pourtant, la jeune ouvrière observe ses collègues ramasser de la viande tombée des tapis et la remettre systématiquement en circulation.


Jusqu’au moment où une grande marque de charcuterie vient visiter l'usine.

Pendant une heure, tout le monde joue alors les ouvriers modèles. Personne ne ramasse la viande au sol, qui est piétinée par les allers et venues.


Une fois les clients repartis, Cindy affirme que toute la marchandise a été remise sur les tapis

et les chefs n'ont rien dit.

« J’étais scandalisée. Tous les grands grands discours sont tombés à l'eau. On m'a dit qu'on ne pouvait pas jeter, on m'a parlé de la faim dans le monde. Je me suis dit :

On prend les consommateurs pour des cons. Tout m'a paru sale. »


A l’époque, je ne faisais pas les courses, je vivais chez mes parents. Je ne connaissais rien à l'industrie agroalimentaire et à l'élevage intensif... Je suis tombée des nues. »


Cindy ne se souvient pas de la salle de pause, où l’on ne lui parle pas beaucoup. Le climat devient rapidement pesant.


« Les gens étaient tristes. On ne voyait pas la mort mais on la sentait. Je pleurais en allant au boulot et en partant. »


Les cadences et le poids des poitrines de porcs usent rapidement la lycéenne.


« Ils prennent les employés et les animaux pour des objets. »


Lors de sa visite médicale, le médecin ausculte les oreilles de Cindy et l'encourage à ne pas faire carrière à l'abattoir : à cause du bruit, l'usine détériore les capacités auditives.

« Ça m’a fait peur, je ne voulais pas me sacrifier pour de l'argent. »


Au bout d'une semaine à peine, la jeune femme se sent détruite et démissionne.

« C’était ma première expérience professionnelle. Je me suis dit : C'est ça le travail ? Ca va être horrible et pénible toute la vie ».


La lycéenne continue ses études et accepte pourtant un été, de retravailler pour l'industrie agroalimentaire, dans une usine de viennoiseries industrielles, cette fois-ci.


« Ça n’avait plus rien à voir. Quand les pains au chocolat tombent, on les jette. Ca m'a un peu réconciliée avec le métier. »

Aujourd’hui, Cindy a 25 ans et aimerait travailler dans la communication. Elle ne mange plus de porcs et regarde la viande d'un oeil différent.


Olivia Mokiejewski




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N° ISSN 2739-8757