LE RENARD, NUISIBLE ? ENTRETIEN PASSIONNANT AVEC FRANÇOIS MOUTOU POUR VRAIMENT TOUT SAVOIR

PAR ELOÏSE MAILLOT.

vendredi 4 septembre 2020 : L'abattage de 1430 renards prévu en Seine Maritime, a été suspendu suite à l'arrêté du tribunal administratif de Rouen, et ce jusqu'à nouvel ordre : rendez-vous en 2021.

Pourquoi le renard suscite autant de passions et est-il un animal nuisible pour l'homme ?





HIER...


C'est une victoire pour les associations de défense animale (La LPO Normandie -Ligue de Protection des Oiseaux ; AVES France ; ASPAS et GMN ) qui ont uni leurs forces afin de faire front contre le massacre de 1430 renards par les lieutenants de louveterie, fonction qui remonte à l'Ancien Régime et destinée à commander l'équipage du roi pour la chasse au loup.


La charge du grand louvetier de France a été créée par François Ier, en 1520 et après avoir été successivement annulée puis réhabilitée, elle a été remise au goût du jour par décret en 1977.



ET AUJOURD'HUI


Les lieutenants de louveterie sont nommés par le préfet, considérés comme des auxiliaires de l'État et constitués de bénévoles. Toujours selon le site de l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage , ils sont définis en tant que : "conseillers techniques de l’administration pour les problèmes de gestion de la faune sauvage, y compris sur le plan sanitaire".



LES RENARDS, NUISIBLES ET DANGEREUX SUR LE PLAN SANITAIRE ?


600 000 à 1 million de renards sont tués chaque année en France. Dans la culture commune, le renard est considéré comme un nuisible, statut qui leur vaut d'être tué tout au long de l'année et non qu'en période de chasse, par déterrage, tir ou encore via des pièges.


Qu'en est-il aujourd'hui ?

Les associations qui ont vu aboutir leur requête, avaient demandé au juge en août dernier que soit suspendu cet arrêté, soutenant qu'il ne contenait "aucun motif susceptible de justifier l’organisation de battues administratives".



INTERVIEW AVEC FRANÇOIS MOUTOU AFIN DE TOUT SAVOIR SUR LE RENARD




Pouvez-vous VOUS PRÉSENTER ?

J'étais vétérinaire, épidémiologiste à l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) et parallèlement je m'intéresse aux mammifères, et j'ai été assez longtemps président de la Société française pour l'étude et la protection des mammifères (SFEPM), j'avais une expérience de terrain de certains animaux, les mammifères en particulier.


Je les voyais aussi dans le cadre de mon activité professionnelle. J'ai commencé lorsque nous avions la rage en France à ce moment là, nous avons réalisé, même si ça a été un peu long et que beaucoup de renards sont morts entre temps, que tant que nous ne connaissions pas l'écologie du renard, nous n'avions aucune chance de maîtriser les maladies qui pouvaient nous poser problème. Il fallait s'intéresser à leur biologie, à leur écologie, si éventuellement elles jouaient un rôle de santé publique. C'est ce que j'essayais de faire à mon niveau. L'argument sanitaire a été utilisé, on a rajouté les maladies à tiques, la leptospirose, la galle, l'échinococcose. Même l'OMS au niveau international, ne recommande pas l'abattage de renards car ça a des effets contradictoires par rapport à la protection de la santé publique. Les maladies existent, mais ce n'est pas en tuant les renards que l'on va protéger les humains.

Pourquoi le renard a t-il une réputation de nuisible et est-il vrai qu’il est porteur de nombreuses maladies (zoonoses...) qui menacent la santé de l’homme ?

Le renard est un mammifère assez proche du chien. Tous les mammifères, l'homme compris, hébergent des bactéries, parfois des parasites, des virus, et certains de ces microbes peuvent le rendre malade, le tuer. Il arrive qu'un microbe d'une espèce puisse passer à une autre, c'est vrai pour tous les animaux. La plupart de ces microbes, bactéries ou autres ne touche que le renard, sauf extrêmement ponctuellement. Par contre, la rage, c'est vrai, pouvait poser problème. Sans vaccination ni traitement, elle peut être mortelle pour les mammifères, hommes compris. Mais une fois qu'on a vacciné les renards contre la rage, ce que nous avons fait dans les 1990, nous avons éliminé la maladie. En France, le dernier cas de rage enregistré sur un renard date de mars 98. Dans les années 2010, jusqu'en 2016, les départements ont la possibilité de statuer sur le régime à accorder à certaines espèces animales, dont le renard. J'ai encore vu récemment des préfets utiliser l'argument de la rage pour dire qu'il faut les tuer. Aujourd'hui, ça n'a aucun sens. Tuer des renards pour une maladie qui n'existe plus ne changera rien.


Alors pourquoi ?

En France, les carnivores sont très mal vus par les chasseurs, disons le simplement. Ils considèrent que le gibier est à eux et qu'il n'est pas question de partager avec des carnivores non humains. C'est un tout petit peu simplifié mais sur le fond, cela représente beaucoup la réalité. Leur argument : Il y en a trop. Si on laisse les carnivores se développer - le renard n'est pas le seul mais le plus grand, le plus visible, le plus connu et le plus associés à des traditions dans le mauvais sens du terme, selon son espèce - il faut donc l'éliminer. On ne sait pas combien il y en a, combien on en prélève, mais c'est toujours mieux d'en tirer de jour, de nuit et pratiquement toute l'année...


La régulation de l’espèce est le grand argument des chasseurs : Que se passerait-il si on ne tuait plus le renard ?

Personne ne sait combien il y en a en France. Dire qu'on régule une espèce dont on ne connaît pas les effectifs, c'est un tout petit peu paradoxal ! Si je prétends réguler quelque chose, j'assume un savoir au départ : combien je vais en prélever, et montrer la vague de ce prélèvement sur la population initiale. Les renards qui mettent à mal les élevages de poulets industriels ? Soyons sérieux… S'ils peuvent manger des poulets de basse-cour familiale, il suffit de changer le grillage ou de renforcer la porte. Ce n'est pas la peine d'aller tuer 1450 renards sur le département pour protéger un ou deux poulaillers.

On va prendre des mesures dans un département pour des problèmes ponctuels qui nécessitent une petite mesure locale. Il y a un décalage assez important entre ce qui est dit et fait.


COMMENT FONCTIONNENT LES CHASSEURS AVEC LES ESPÈCES CHASSÉES ?

Il faut savoir qu'en France, on élève à peu près, par an, 60 millions d’espèces gibiers dont un bon tiers est lâché par les chasseurs tous les ans pour pouvoir les tuer. 20 à 25 millions de canards, de perdrix, de faisans, qui sont des animaux sortant de fermes, qui ne sont pas nés en nature, se trouvent dans des milieux très défavorables pour eux à cause de l'agriculture intensive et on accuse les renards de les empêcher de s'installer ! Il n'y a plus de gibiers et les pesticides auxquels nous revenons avec les néonicotinoïdes, interdits il y a deux ans, ont arasé toutes les haies, là où la faune pouvait se cacher et s'abriter.

Nous avons nettoyé toutes les plaines pour en faire de gigantesques champs de maïs, que nous traitons avec les pesticides qui éliminent tous les insectes dont se nourrissent les petits et jeunes oiseaux. Nous créons des milieux non favorables à la faune, or nous sommes obligés de les repeupler tous les ans, c'est donc que ce n'est pas viable. Pourtant, on va accuser les renards. C'est plus simple que de remettre en cause le schéma agricole actuelle et la politique agricole commune qui repose sur l'agrochimie, et l'agriculture intensive.



COMMENT PEUT-ON VACCINER LES RENARDS CONTRE LA RAGE ?

On a fait ce que nous n'arrivons pas à faire avec le Covid, une immunité de masse.

Le vaccin contre la rage était avalé par voie orale, qui vaccine l’animal au moment où il est en contact avec la muqueuse buccale. Pour être efficace, on a arrosé tout le Nord-Est de la France, du nord des Alpes jusqu'à la Normandie jusqu'à la frontière suisse et allemande. Tout a été largué par hélicoptère selon le nombre de kilomètres carrés et selon la surface moyenne d'un territoire de renard. En faisant plusieurs campagnes, nous savions que nous avions une très grande probabilité de mettre un appât vaccinal antirabique sur pratiquement tous les domaines vitaux de tous les renards. En plusieurs années, nous les avons presque tous vaccinés. Le virus ne pouvait plus passer et l'épidémie s'est arrêtée dans la population de renards française et ouest européenne.

Est-ce le même problème pour le sanglier ?

C'est un autre exemple de la très mauvaise gestion de la part des chasseurs. C'est un gibier qui est devenu très populaire. Il y a 40 ans, ils étaient très rares en France et ce, depuis le sortir de la Seconde Guerre Mondiale. Dans les années 1970, on a commencé à réguler la façon de chasser les sangliers, les cerfs, les chamois... Les règles étaient qu'on puisse en tirer tout en maintenant la population. Les chasseurs ont trouvé intéressant de faire des élevages de sangliers dans des enclos, et une fois sortis, pour qu'ils restent là où on veut les tirer et qu'ils soient plus faciles à se reproduire, on les nourrit. Ils savent donc où trouver des tonnes de maïs à manger. Nous avons eu une explosion de population des sangliers. Parallèlement, depuis 2013 on a autorisé la chasse commerciale en France, avec des zones totalement fermées, dans lesquelles on peut chasser toute l’année. On les tue tellement qu'il faut en élever ailleurs pour repeupler ces enclos. Ces mouvements de sangliers font qu’il y a des fuites et à la fin, ils font beaucoup de dégâts. La gestion des sangliers par le monde de la chasse est catastrophique. L’ordre de grandeur des remboursements des dégâts attribués aux sangliers, aux grands gibiers plus les mesures de prévention, représente au moins 50 millions d’euros par an à la charge des chasseurs. Est-ce la bonne façon de dépenser de l'argent ? C'est assez curieux, nous pourrions faire autrement. Ils sont très populaires chez les chasseurs donc on les multiplie pour pouvoir les tirer. 800 000 sont tués par an au minimum, en réalité il y en a beaucoup plus.


Dans un monde idéal, comment résoudre ce problème et faire cohabiter le renard et l'homme ?

Pour moi il n’y a pas de problèmes. Il a été inventé pour des raisons culturelles parfois, et par le monde de la chasse ou des gens qui ont des poulaillers. On n'évitera jamais de mauvaises surprises ni les accidents. À nouveau, mettre des portes et des grillages solides, arrêter de balancer 20 à 30 millions d'oiseaux tous les ans qui meurent très vite car ils n’ont pas de milieux favorables, et arrêter de nourrir les renards et autres animaux carnivores que n'aiment pas les chasseurs.

Si les gens qui pique-niquent ramènent leurs ordures et ne les laissent pas sur les autoroutes, les chemins de campagne et de forêt, avec des poubelles qui dégorgent de restes de nourriture, il y aura une régulation de l’espèce. Aucune espèce animale ne pullule si ce n'est quand on la gave. Aujourd'hui, on les encourage sans le savoir en laissant notre nourriture. Les espèces animales sont dépendantes de l'accès à la nourriture. Si on est capables de gérer un peu nos déchets, si les fermiers jettent leurs poulets morts dans la campagne, si des éleveurs de faisans font pareil, on attire les mangeurs de cadavres de faisans.

QUE PENSEZ-VOUS DE LA DÉCISION DU tribunal administratif de Rouen QUI a suspendu l’exécution de l’arrêté concernant la mise à mort de 1430 renards en Seine Maritime ?

Le tribunal a jugé sur le fond que les arguments avancés par le préfet ne tenaient pas la route, que les dégâts de renards aux poulaillers étaient non significatifs, qu'on ne pouvait absolument pas trouver de raisons pour leur attribuer la disparition des populations de perdrix, mais qu'il y avait bien d'autres raisons comme l'agriculture intensive.


Comment expliquez-vous la force du lobby des chasseurS, LEUR ARGUMENT PRINCIPAL ÉTANT DE SE PRÉSENTER COMME LES VEILLEURS DE LA BIODIVERSITÉ ?

C'est complètement faux. Le problème est que pour l'instant les chasseurs sont dans leur monde à eux et défendent ces idées-là. Les naturalistes qui sont aussi un peu dans leur monde, ont des informations et savent que c'est complètement faux. Dernièrement, les chasseurs ont réussi à obtenir le droit de tuer les tourterelles des bois, alors que des avis scientifiques à échelle nationale et européenne, montrent que l'espèce est en régression. Chasser une espèce en voie de disparition, c'est quand même contradictoire avec toute image de conservation ! Ce qui plaît aux chasseurs, en fait, c'est d'aller chasser, c'est leur fond de commerce. Il y a aussi beaucoup d'argent en jeu qui fausse certaines discussions. On loue très cher les terrains de chasse, la production d'oiseaux gibiers rapporte de l'argent aux éleveurs. Il y a une très grande contradiction entre gérer des espèces d'un côté et les relâcher de l'autre. Aucun argument biologique ne justifie ce que disent les chasseurs. Les naturalistes le savent.



Alors, quel est le problème ?

Une grande partie de la population s'y intéresse assez peu. Un sujet que je connais un peu parce que je suis épidémiologiste : Nous avons entendu quantité de gens totalement incompétents donner leur avis sur le virus, la Covid. C'est rigolo mais ça finit par être compliqué ! Les chasseurs peuvent avoir un avis mais s'ils n'ont pas d'arguments... Ils vont utiliser des points de vue qu'ils ont entendus.

Il faudrait vraiment que les gens qui se pensent intéressés par le sujet, essaient de trouver des sources. Des gens comme moi pouvons leur apporter des éléments, avec des sources les plus objectives possibles et ils se feront leur idée, avec ces éléments là. Je n'ai pas la vérité infuse, ce que je dis, je l'appuie sur des documents que j'ai lus, des choses que j'ai faites et observées. Je peux argumenter mon point de vue, ce n'est pas juste une lubie tombée du ciel ! Si on me démontre que je me trompe, j'accepterai sauf qu'il faut que l'argument soit solide. Il faudrait que les uns et les autres fassent de la pédagogie, de l'information, de la sensibilisation et que l'on démonte les lobbys, les discours tendancieux, le prosélytisme qui ne sont pas des démarches objectives, pour s'approcher d'une certaine réalité.


En quoi le renard est-il l’ami de l’homme et aide t-il nos agriculteurs ?

Les termes d'ami et d'ennemi, n'ont pas de sens. En biologie, les animaux vivent. Je défends le fait que tous vivent et le mieux possible. Le renard chasse des petites proies, le plus souvent des rongeurs, lesquels peuvent faire de vrais ravages dans les prairies, qui coûtent de l'argent aux agriculteurs qui devront acheter des produits chimiques pour lutter contre eux. C'est paradoxal car cela tue les mulots, les petits rongeurs, les campagnols mais cela tue aussi les animaux qui vont les manger. Il y a une perte terrible de la faune avec l'usage des ces molécules qui doivent être achetées à un prix très cher et qui sont extrêmement nocives pour l'environnement, à des marchands de produits chimiques. Les seuls gagnants, c'est eux. Si on laisse les renards faire, ils les mangent gratuitement. Le renard permet donc de faire des économies. Je ne comprends pas pourquoi les agriculteurs semblent parfois soutenir le point de vue des chasseurs, mais ce n'est pas toujours le cas.

D'OÙ VIENT LE MONDE DE LA CHASSE ?

Les chasseurs sont essentiellement des urbains. Croire que la chasse défend la ruralité, est une vraie erreur sociologique. La plus grosse Fédération départementale de chasseurs de France est celle de Paris. Au niveau politique, ils bénéficient d'une très grande écoute et actuellement par notre Président de la République. Pourquoi ? Je n'en sais vraiment rien ! Nous avons un Président du Sénat Gérard Larcher, vétérinaire comme moi, qui est chasseur et qui défend toutes les positions des chasseurs. Ils les choient. C'est un schéma très partisan et particulier qui semble ne pas correspondre à la position de la majorité du pays.

Les gens pourraient le manifester de façon très nette et très démocratiquement.



COMMENT FAIRE ?

Un arrêté est soumis à une consultation publique. Tous les citoyens peuvent aller sur le site de la préfecture avec le texte présent pour dire : Je suis pour ou contre, avec tels arguments. Il y a un département pour lequel le préfet a reçu 4000 réponses contre la chasse au renard ! et 22 pour. Le préfet a pris l’arrêté pour ! On parle aux gens de démocratie participative, 95% des gens donnent le même avis, le préfet en donne un à moins de 5%... et prend la décision selon l'avis minoritaire, c'est comme ça à chaque fois. De qui se moque t-on ? C'est vraiment du mépris à ce niveau là. Je me demande si cela est très républicain, c'est une vraie question de société. Je me pose beaucoup de questions.


LE RENARD EST-IL MIEUX TRAITÉ DANS D'AUTRES PAYS ?

Oui. En France, il y a la chasse à partir du 1er septembre jusqu'au 31 janvier. Quand la chasse est fermée, les espèces "susceptibles d'occasionner de dégâts", (appellation qui remplace aujourd'hui le terme de nuisible) peuvent être détruites. L'appellation est différente, mais ça permet aux chasseurs de chasser toute l'année. Il y a des pays où une fois la chasse fermée, c'est fini, il n'y a pas d'acharnement. Y compris pendant les périodes de reproduction, et quand il y a des jeunes dépendants de la mère. Y compris avec des méthodes comme le déterrage, qu'on peut qualifier d'assez barbares et décalées par rapport au 21è siècle. Le canton de Genève a interdit la chasse depuis 40 ans, et personne ne croule sous les avalanches de renards ou d'autres bestioles. L'équilibre écologique, au sens dynamique, évolutif permet la cohabitation. Est-ce drôle de chasser le renard ? Certainement pas pour le renard.


UN MOT À AJOUTER ?

Il faudrait vraiment que le public se manifeste et fasse comprendre que les positions de destruction de renards sont de plus en plus minoritaires et de moins en moins socialement acceptables, car totalement décalées écologiquement. Ça ne veut tien dire.



Eloïse Maillot

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