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NI PUTES NI SOUMISES CONTRAINT À FERMER : LE GOUVERNEMENT RESTÉ SOURD

PAR ELOÏSE MAILLOT.



Jennifer témoigne. Entre tristesse, peur et incompréhension… la colère a encore du mal à se frayer un chemin mais peut-être viendra-t-elle plus tard... On l’imagine, on le souhaite même, à l’écouter. Le sanglot dans la voiX finit par sortir et s’étrangler quand elle lâche : « Ni Putes Ni Soumises, c’est fini.

On met la clé sous la porte.

Au 31 décembre, vous ne le saviez pas ?! C’est terminé ».





Depuis 2013, le manque de subventions et une dette de loyers élevés auront eu raison du très célèbre mouvement féministe laïc et républicain, fondé par Fadela Amara en 2003. Né à la suite des violences faites aux femmes dans ‘’les quartiers’’, Ni Putes Ni Soumises se voit régulièrement offrir une tribune médiatique et devient un référent en matière de défense de droit des femmes, grâce à ses actions sur le terrain et à ses prises de positions très fortes.


#YasminaBenguigui #CyrilHanouna et des membres du #PartiSocialiste et du #PartiCommuniste témoignent :



NPNS est de tous les combats : femmes battues, excisions, grossesses forcées… La liste n’est pas exhaustive, loin de là et NPNS tient alors bon, malgré les crises successives internes.


Auparavant logé dans 300m2 dans le 20è arrondissement de Paris, le mouvement féministe se voit déloger « coulé par la mairie du 20è. Elle a récupéré nos locaux qui sont devenus un service social de la Mairie. » explique Jennifer Rahmani qui souhaite témoigner à nom découvert. Expulsé en 2015, NPNS intègre ses nouveaux quartiers à Montreuil. Cependant, impossible de venir à bout de la dette due à leur bailleur Audica, aujourd’hui prénommé CDC Habitat.


NPNS, c’est plus de 15 ans d’actions comme en 2010 où le mouvement soutient le projet de loi contre la burqa.

« C'est le début d'une nouvelle page pour l'émancipation des femmes des quartiers populaires à qui on va proposer autre chose que l'enfermement ou la mort sociale », déclare alors Sihem Habchi (Présidente de NPNS de 2007 à 2011) pour qui la question du voile intégral « n'est pas un sujet franco-français, mais un sujet qui touche les femmes du monde entier ». (Sources Elle.fr)

La même année, NPNS lance l’action ‘’Toutes en jupe’’. L’idée ? Mettre une jupe pour lutter contre les violences faites aux femmes. Isabelle Adjani ‘marrainera’ l’opération alors très médiatisée en déclarant "La jupe est l'anti burqa''.




ALORS, LA FAUTE À QUI !?


Jennifer s’interroge : « Je ne comprends pas. Ils sont capables de baisser des loyers d’associations islamiques, ni républicaines ni laïques et pas pour aider des femmes victimes de violences dont moi. NPNS m’a ouvert ses portes, aujourd’hui le mouvement me protège dans ses locaux. J’étais victime puis suis devenue bénévole. Au bord du suicide, j’ai subi des agressions sexuelles par mon gardien d’immeuble et des coups et blessures en 2014 par des gens de mon quartier. J’ai eu 9 jours d’ITT pourtant classés sans suite. Je me suis retrouvée à la rue avec mon enfant de 10 ans, jusqu’à ce que les assistantes sociales viennent m’arracher mon bébé de 5 mois. Je paye mon loyer depuis 5 ans et je ne vis plus chez moi, c’est mon violeur, mon ancien compagnon, qui y vit avec mes enfants ».


« Le problème est que les femmes avec un lourd parcours préfèrent rester dans le silenceOn a même prévenu Marlène Schiappa que ça allait finir mal. »  ajoute Jennifer.


Ce que confirme la présidente de NPNS depuis 2016, Stéphanie Rameau, qui essaie pourtant de sauver le mouvement depuis trois ans, en tapant à toutes les portes, sans succès. À la tête du mouvement après 15 ans de militantisme, elle déclare : « On devait une grosse somme d’argent à Paris Habitat. De 800 000 euros de subventions, on est passé à 19 500 euros avec des loyers de 60 000 euros par an. Notre bailleur actuel est super, il nous a fait confiance mais à partir du 1er janvier, je ne pourrai plus payer le loyer. Je lui ai dit que si ça arrivait un jour, je le préviendrais et qu'on partirait. »


En effet, Paris Habitat loue des locaux à des associations et la Maison de la Mixité qui dépend de Paris Habitat, inaugurée en grande pompe le 8 mars 2006 en présence alors de Jacques Chirac, Bertrand Delanoë et François Hollande, avait promis des subventions pour pouvoir payer le loyer et les gens qui travailleraient dans l’association.


« Mais rien ne vient » ajoute Stéphanie Rameau.

  


LES CONSÉQUENCES DIRECTES


Aujourd’hui obligé de fermer la plateforme physique des femmes victimes de violences, ce sont environ 80 femmes par mois qui étaient suivies qui en pâtiront. Le mouvement continuera à les suivre mais via des demandes de solidarité auprès d’autres associations, afin de continuer à les recevoir. Stéphanie Rameau ajoute et précise qu’elles ne prendront pas d’autres femmes en suivi, car cela est devenu trop compliqué. L’accueil téléphonique et numérique sera conservé, ainsi que l’aide, quand elles le pourront, tout comme les réorientations et les conseils. Le suivi de ces femmes ne pouvant plus être assuré, elle ajoute « On n’abandonnera pas les femmes qu’on suit. Nos professionnels bénévoles restent mobilisés. On est obligés d’arrêter le suivi psychologique ».


Dans les années fastes, NPNS réunissait 15 salariés. On peut facilement en déduire que l'accueil de jour qui existait, va beaucoup manquer aux femmes à qui NPNS donnait un toit sur la tête de 10h à 17h, à manger, une écoute, un accès à internet, une aide pour leurs papiers administratifs…


Aujourd’hui au pied du mur, le mouvement doit déclarer une cessation de paiement au Tribunal.



QUEL AVENIR ?


Mais si Stéphanie Rameau semble abasourdie et démunie par la disparition des actions in situ de ces aides précieuses et même indispensables apportées aux femmes et sur ce qui est en train d’arriver, elle tempère son propos sur la fin de l’action de Ni Putes Ni Soumises, ne compte pas baisser les bras pour autant et tient à dénoncer le mutisme du gouvernement… Et plus encore.


« Notre dernière grande campagne a fait des millions de vues mais le gouvernement ne répond à aucun mail, rien, dont Marlène Schiappa. » constate dépitée, Stéphanie Rameau.

 

#ANotrePlace





« On lutte contre l’obscurantisme et le communautarisme. J’espère qu’on va pouvoir continuer sur le combat des valeurs de la République : la laïcité. Pour moi, ce sont les vecteurs d’émancipation pour les femmes, c’est ça qui va permettre l’égalité femmes-hommes. Je suis très inquiète au sujet du front féministe. Je vois arriver des choses très inquiétantes au nom de la liberté, de la différence... On n’a pas été faire la manifestation de #NousToutes car on ne peut pas légitimer des associations qui luttent contre le pacte républicain.


Et de rajouter : « Pour moi, ce qui est important, c’est suivre les femmes victimes de violences et l’éducation populaire par la prévention. On n’en fait pas suffisamment. Les interventions scolaires vont continuer, on a créé pas mal de modèles où on fait en sorte de sensibiliser nos jeunes sur leurs responsabilités au quotidien. Il faut agir en amont par l’éducation populaire.


Sur le front des valeurs républicaines, il n’y a plus beaucoup d’associations universalistes. Je suis en colère, c’est à cause des gouvernements successifs qui clochardisent les associations universalistes. On est toujours déterminées mais j’ai le sentiment qu’on nous a fait taire. »

Et de conclure sur les guerres intestines propres aux mouvements féministes : : « Je suis inquiète car le planning familial bouge mais dans le mauvais sens. Ça va devenir de plus en plus difficile, on devrait lutter contre les violences faites aux femmes mais on passe notre énergie à lutter entre féministes. Je fais un don chaque année à la Fondation des Femmes, elle ne nous aide pas. #MeToo est venue dans nos locaux, on les a reçues et on n’a pas mis notre logo, on était prête à défiler avec des banderoles neutres et le mouvement a été récupéré. Qui était à la tête de cette manif ? Ça n’était pas comme ça il y a 15 ans. Je préfère ne pas vendre du rêve aux femmes alors qu’on n’est plus capable de suivre. Mais on ne les laissera pas tomber… ».


On préfère garder en tête l’image de Jennifer Rahmani qui confie, triste et dans un sentiment de solitude et d'injustice : « Stéphanie Rameau est mon ange gardien, elle me fait confiance, elle me croit ».    

 

Qui va dorénavant soutenir et croire toutes ces femmes ?

Peut-être est-ce là le début d’un nouveau combat et l’espoir que le phénix renaîtra de ses cendres.


NI PUTES NI SOUMISES

Laïcité - Egalité - Mixité

Soutien aux victimes de violences physiques et morales, défense des droits, de l'égalité F/H, et de la mixité

contactnpns@gmail.com

https://npns.eu/


Eloïse Maillot


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N° ISSN 2739-8757