😡 Peuple de Corse : n'avez-vous pas honte !?

PAR ELOÏSE MAILLOT.

Amis corses, ne sentez-vous pas la honte faire ployer vos épaules de peuple libre et fier ? Ne sentez-vous pas le déshonneur envahir vos poumons ? Aldo se joint à moi pour crier, lui qui ne peut rien dire.





Tu as l'air bien sur la photo, tu ressembles aux chiens heureux qui n'ont pas souffert dans leur chair. Et pourtant... c'est le cou écrasé par la chaîne de la honte que je t'ai croisé.


Amis corses, réveillez-vous. C’est un cri. Celui de la colère.


Amis corses, mon pays, êtes-vous fait de ce bois-là ? Notre fierté légendaire n’est-elle qu’un mythe ?


Hier matin, j’ai pleuré toutes mes larmes, car j’ai dû renvoyer Aldo à sa prison, vagabond dont j’ai croisé le chemin avant-hier au bout d’une longue et énorme chaîne en fer de 10 mètres qu'il trainait lourdement derrière son corps. Loin de son lieu de détention. Je n’avais rien demandé, je n’ai pas cherché le chien maltraité - un autre, un nouveau, une nouvelle histoire triste qui ne finira pas aussi bien que les autres - je me promenais. J’avais du travail, un dimanche. Beaucoup de travail.


Il a avancé vers nous. La cruauté de la Corse ne cesse de vous sauter dessus, à qui sait simplement regarder et s’arrêter. Aldo, le cou littéralement étranglé par un collier de fer doublement fermé par deux rivets, un très large et un plus petit, rouillés. Deux outils de torture auxquels il était ferré, et impossibles à dévisser à la main tant ils étaient fermement verrouillés - au cas où Aldo aurait imaginé pouvoir dormir tranquillement, déglutir normalement ou simplement respirer et se reposer sans entraves -, la chaîne de fer lui rentrant dans sa peau flétrie par le sceau de l'étranglement, avec tout au bout, le rivet pendouillant de l’évadé en sursis.


Puis Aldo est libre, enfin.

Nous avons dû nous y mettre à trois pour lui enlever son collier, à l’aide d’une énorme pince. Oui, j'ai dû demander de l'aide, repartir à pied avec toi pour qu'un voisin te libère. Deux femmes et un homme. Seule, je n'aurais pas réussi. J'ai pourtant essayé. Je lui masse maintenant le cou et le poil marqués par le sceau de la cruauté humaine. Je le lave avec le tuyau d’arrosage - Aldo a de la diarrhée, amis poètes et esthètes, la vie des animaux qui souffrent n'est pas pour vous, il est probablement mal nourri - alors je le lave, lui donne à manger, je le caresse, je l'embrasse, le mets à l'ombre et lui donne à boire, en lui susurrant des murmures au creux de l'oreille. Il n'y a pas que les chevaux qui aiment ça.

Essayez pour voir... Les animaux entendent tous nos secrets.


Aldo est très excité, tourne dans tous les sens, pleure, puis se calme. C'est dimanche, il fait très chaud, le soleil brille haut dans le ciel bleu immaculé, je l'attache à la rambarde dehors près de moi et le regarde et l'apaise par mes caresses. Aldo s'endort, déplacé à l'ombre sous la table de la terrasse.


Puis je finis par le relâcher. Il court, fait des tours, fou de liberté puis revient, disparaît... 5 minutes. Puis à nouveau de retour, il réclame une attention, pour vérifier que je suis toujours là et pour me dire qu'il ne part pas complètement. Quatre fois, le manège du jardin et des alentours deviennent le théâtre de sa nouvelle liberté, sans asphyxie, ni laisse, ni attache.


Aldo ne veut plus partir. Je lui promets au soir tombé, sur les marches de l'escalier, une famille aimante.


Et puis, la réalité après 4 heures de sommeil agitées. Au petit matin, en filant à pied chez la vétérinaire, le couperet tombe. Je dois rendre