ūüė° PEUPLE DE CORSE : N‚ÄôAVEZ-VOUS PAS HONTE !?

PAR ELO√ŹSE MAILLOT.

Amis corses, ne sentez-vous pas la honte faire ployer vos épaules de peuple libre et fier ? Ne sentez-vous pas le déshonneur envahir vos poumons ? Aldo se joint à moi pour crier, lui qui ne peut rien dire.





Tu as l'air bien sur la photo, tu ressembles aux chiens heureux qui n'ont pas souffert dans leur chair. Et pourtant... c'est le cou √©cras√© par la cha√ģne de la honte que je t'ai crois√©.


Amis corses, réveillez-vous. C’est un cri. Celui de la colère.


Amis corses, mon pays, êtes-vous fait de ce bois-là ? Notre fierté légendaire n’est-elle qu’un mythe ?


Hier matin, j‚Äôai pleur√© toutes mes larmes, car j‚Äôai d√Ľ renvoyer Aldo √† sa prison, vagabond dont j‚Äôai crois√© le chemin avant-hier au bout d‚Äôune longue et √©norme cha√ģne en fer de 10 m√®tres qu'il trainait lourdement derri√®re son corps. Loin de son lieu de d√©tention. Je n‚Äôavais rien demand√©, je n‚Äôai pas cherch√© le chien maltrait√© - un autre, un nouveau, une nouvelle histoire triste qui ne finira pas aussi bien que les autres - je me promenais. J‚Äôavais du travail, un dimanche. Beaucoup de travail.


Il a avanc√© vers nous. La cruaut√© de la Corse ne cesse de vous sauter dessus, √† qui sait simplement regarder et s‚Äôarr√™ter. Aldo, le cou litt√©ralement √©trangl√© par un collier de fer doublement ferm√© par deux rivets, un tr√®s large et un plus petit, rouill√©s. Deux outils de torture auxquels il √©tait ferr√©, et impossibles √† d√©visser √† la main tant ils √©taient fermement verrouill√©s - au cas o√Ļ Aldo aurait imagin√© pouvoir dormir tranquillement, d√©glutir normalement ou simplement respirer et se reposer sans entraves -, la cha√ģne de fer lui rentrant dans sa peau fl√©trie par le sceau de l'√©tranglement, avec tout au bout, le rivet pendouillant de l‚Äô√©vad√© en sursis.


Puis Aldo est libre, enfin.

Nous avons d√Ľ nous y mettre √† trois pour lui enlever son collier, √† l‚Äôaide d‚Äôune √©norme pince. Oui, j'ai d√Ľ demander de l'aide, repartir √† pied avec toi pour qu'un voisin te lib√®re. Deux femmes et un homme. Seule, je n'aurais pas r√©ussi. J'ai pourtant essay√©. Je lui masse maintenant le cou et le poil marqu√©s par le sceau de la cruaut√© humaine. Je le lave avec le tuyau d‚Äôarrosage - Aldo a de la diarrh√©e, amis po√®tes et esth√®tes, la vie des animaux qui souffrent n'est pas pour vous, il est probablement mal nourri - alors je le lave, lui donne √† manger, je le caresse, je l'embrasse, le mets √† l'ombre et lui donne √† boire, en lui susurrant des murmures au creux de l'oreille. Il n'y a pas que les chevaux qui aiment √ßa.

Essayez pour voir... Les animaux entendent tous nos secrets.


Aldo est très excité, tourne dans tous les sens, pleure, puis se calme. C'est dimanche, il fait très chaud, le soleil brille haut dans le ciel bleu immaculé, je l'attache à la rambarde dehors près de moi et le regarde et l'apaise par mes caresses. Aldo s'endort, déplacé à l'ombre sous la table de la terrasse.


Puis je finis par le rel√Ęcher. Il court, fait des tours, fou de libert√© puis revient, dispara√ģt... 5 minutes. Puis √† nouveau de retour, il r√©clame une attention, pour v√©rifier que je suis toujours l√† et pour me dire qu'il ne part pas compl√®tement. Quatre fois, le man√®ge du jardin et des alentours deviennent le th√©√Ętre de sa nouvelle libert√©, sans asphyxie, ni laisse, ni attache.


Aldo ne veut plus partir. Je lui promets au soir tombé, sur les marches de l'escalier, une famille aimante.


Et puis, la r√©alit√© apr√®s 4 heures de sommeil agit√©es. Au petit matin, en filant √† pied chez la v√©t√©rinaire, le couperet tombe. Je dois rendre Aldo √† son propri√©taire. Aldo a une puce. Je ne peux rien faire de plus pour lui. Malgr√© le temps de vie que je prends pour lui, malgr√© la charge √©motionnelle que chaque sauvetage me demande en √©nergie. On ne peut pas gagner √† tous les coups. Aldo est cuit. Tu appartiens √† ton tortionnaire qui ne comprendra jamais qui tu es. Ta croix, c‚Äôest la stupidit√© des hommes, et leur m√©chancet√©, fruit de leur non d√©sir de comprendre et de voir ce qui sous leurs yeux, les d√©rangeraient trop. La mort dans l‚Äô√Ęme, l‚Äôobjet chien Aldo a bien √©t√© restitu√©.

On va te rattacher à ta potence. Seul.


J'avais pourtant tout tent√©, m√™me aupr√®s de ton ma√ģtre crois√© sur la route au petit matin qui r√©clamait que je te restitue, apr√®s t'avoir reconnu, et auquel j'ai refus√©. J'ai pest√©... Tout y est pass√©... la honte... le collier qui t'√©trangle... J'ai √©t√© combattive aussi, lorsque je t'ai vu fuir √† sa vue "Est-ce ainsi que vous traitez votre chien en 2021 ?" , j'ai dit non quand il a voulu attraper la laisse "J'irai chez la v√©t√©rinaire et vous ne l'aurez pas avant que je sache s'il est puc√©".

Tu ne l'as pas reconnu. Lui, l'objet non identifié.

Tu n'en a pas voulu, mais voil√† tu es un chien. Et ton corps n'a pas droit √† la parole, quand ton ma√ģtre ne s'√©tait m√™me pas rendu compte que tu avais disparu depuis la veille, ce qui signifie plus de 24 heures que tu aurais pass√© sous le cagnard corse sans venir te voir. Sauf que c'est dans un garage enferm√© et attach√© dans le noir que tu passes tes jours et tes nuits.

Il pensait que tu venais de t'enfuir.


Une enqu√™te a √©t√© ouverte pas la SPA suite √† l'histoire d'Aldo. √Ä l'heure o√Ļ je vous parle, Aldo a retrouv√© ses cha√ģnes et sa prison... et mon impuissance a vol√© la victoire. Apr√®s La Douce, apr√®s Bellu, apr√®s un autre chien que j'ai r√©ussi √† sauver... Aldo est mon √©chec. Mais il para√ģt que non, la petite graine a peut-√™tre √©t√© plant√©e dans l'esprit du ma√ģtre-propri√©taire... Ce sont les mots r√©confortants qu'une amie m'a dits. Je vous avoue n'en rien savoir... Ce que je sais, c'est que Aldo, et tous les autres, c'est moi. C'est moi priv√©e de libert√©, c'est moi que je vois encha√ģn√©e et ne pouvant plus respirer.


Peuple de corse, combien d’Aldo, combien d’animaux ici maltraités et abandonnés ? N’avez-vous aucune dignité ? Dois-je avoir honte de mes origines ? N'êtes-vous qu'un peuple de montagnards bruts et rustres mal dégrossis ?


Non, je refuse de céder à cette pensée.


Peuple de corse, civilisez-vous !

... RESPECTEZ-vous et vos animaux !

Photo de gauche : La Douce, trouvée sur la voie publique, dans sa nouvelle famille.

Photo de droite : Bellu, trouvé sur la voie publique, dans sa nouvelle famille.



PETIT GUIDE POUR VOUS AIDER SI VOTRE ROUTE CROISE UN CHIEN ERRANT


Quand vous trouvez un animal errant, les 1ers gestes à avoir sont :

- Lui donner à boire. Evidemment, le rassurer en lui parlant, les chiens sont très sensibles au ton de notre voix.

- Le faire scanner par un vétérinaire, pour voir s'il est pucé (obligatoire aujourd'hui). S'il n'est pas pucé, il n'appartient juridiquement à personne.

- Prendre des photos et vidéos, pour preuves.

- Mettre sa photo en ligne sur Facebook, pour signaler que vous avez vu un animal errant sur la voie publique, les groupes sont nombreux selon votre région.

- Le garder chez vous si possible le temps de lui trouver un foyer.

- Contacter très vite la SPA ou une autre association près de votre domicile (liste chez le vétérinaire) pour qu'il soit placé et adopté au plus vite.


Un animal laiss√© √† son sort √† peu de chances de survivre : Une femelle errante non st√©rilis√©e encha√ģnera gestations sur gestations et risque de mourrir d'une infection, quand ce n'est pas √©cras√©e par une voiture. Sous voire pas du tout aliment√©e, ses b√©b√©s risqueront de mourrir de faim (elle ne fera pas de lait et sera trop faible) et sans soins, elle souffrira d'autant plus ou elle ne survivra pas non plus. La p√©riode des chaleurs est particuli√®rement cruelle, car la femelle attire tous les m√Ęles des alentours qui l'√©puiseront, ne pouvant plus se d√©placer sans eux. Il est m√™me quasiment impossible de l'approcher alors pour la nourrir.


Le chien errant - seul - risque, de se faire attaquer par d'autres chiens, parfois en meute, d'autant plus pendant les p√©riodes de chaleur d'une chienne. La comp√©tition est sans piti√©. Seul l'humain peut subvenir aux besoins primaires dont tout chien a besoin. Chaque nuit est une √©preuve surtout si celle-ci se d√©roule dans le froid, sous le vent et la pluie, le chien ne dormira jamais bien, il sera toujours √† l'aff√Ľt et d√©veloppera beaucoup d'anxi√©t√©.

Pour terminer, il risque de nombreuses blessures (pièges, voitures, coups - le chien errant est vu comme un pestiféré -, puces, tiques, épillets, chardons, maladies transmises par d'autres animaux, maladies endogènes - virus, bactéries etc...), sans parler de l'affection dont chaque chien a besoin pour être heureux.


N'oubliez pas... Si le chien est appelé le meilleur ami de l'homme, c'est parce qu'il l'est.


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Elo√Įse Maillot